Une faune en détresse face à l’humain et au climat
En 2025, les Centres de Revalidation pour les Espèces Animales Vivant à l’État Sauvage (CREAVES) ont accueilli 22 356 animaux sauvages blessés, affaiblis ou orphelins sur l’ensemble du territoire wallon. Ce chiffre représente une augmentation record de 30 % par rapport à 2024. Ce constat interpelle. Il pourrait refléter à la fois une intensification des pressions humaines sur les écosystèmes, une sensibilité accrue de la faune aux perturbations climatiques, mais aussi un intérêt croissant des citoyens pour la faune sauvage.
Activités humaines : urbanisation, routes, vitres, chats
L’urbanisation croissante reste l’un des moteurs principaux de l’augmentation des prises en charge dans les CREAVES. L’extension des zones bâties grignote les habitats naturels, fragmente les territoires et intensifie les contacts entre faune sauvage et infrastructures humaines. Routes, fenêtres, chantiers, zones résidentielles : autant d’obstacles invisibles pour les animaux, mais aux conséquences bien réelles.
Dans ce contexte, les activités humaines constituent, de loin, la première cause d’admission en centre. En 2025, plus de 650 animaux ont été victimes de collisions routières avérées. La fragmentation des milieux les pousse à traverser des routes pour se nourrir, se reproduire ou simplement rejoindre un abri, avec des risques souvent mortels.
Presque autant d’animaux, 626 exactement, ont été recueillis après avoir percuté une vitre. Les oiseaux ne perçoivent pas les vitres comme des obstacles, mais comme des ouvertures (transparence) ou des continuités du paysage (reflets).
Autre chiffre préoccupant : 1 646 animaux blessés ont été imputés aux chats domestiques. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg — combien d’individus meurent sans jamais atteindre un centre ? Cette prédation silencieuse en fait une problématique majeure.
Avec 11 % des admissions, le chat se positionne comme la troisième cause d’entrée dans les centres wallons.
Il devient urgent de sensibiliser les propriétaires à une cohabitation respectueuse : stérilisation, confinement pendant les périodes sensibles, collerettes anti-prédation… Chaque geste compte pour limiter l’impact de nos compagnons sur la faune sauvage locale.
Climat, reproduction et dynamiques d’espèces
L’année 2025 a été marquée par des épisodes répétés de fortes chaleurs, parfois prolongées sur plusieurs jours, avec des effets directs observés sur la faune sauvage, notamment chez les espèces sensibles au stress thermique. Le Martinet noir, véritable roi du ciel et nichant sous toiture, est un bon exemple : 953 individus ont été recueillis, contre 432 en 2024. Si les chutes précoces hors du nid, liées à la surchauffe des toitures, expliquent en partie le nombre élevé de martinets pris en charge, l’année 2025 a également été marquée par une bonne disponibilité en insectes, favorable à la reproduction de l’espèce. Cette combinaison entraîne une augmentation du nombre de jeunes exposés aux aléas climatiques et urbains. À ce titre, le martinet noir apparaît comme une espèce particulièrement sensible aux effets du dérèglement climatique.
Chez les chauves-souris, une augmentation notable des accueils de pipistrelles a été constatée également. Les facteurs en jeu : destruction de gîtes (travaux, rénovations non concertées),et, possiblement, une hausse de l’activité due à une plus grande abondance de moustiques. Cette année, des espèces remarquables de chiroptères ont été également réceptionnées : Pipistrelle de Nathusius, Noctule de Leisler, Oreillard gris et Petit Rhinolophe.
Les Hérissons représentent près d’un quart des animaux pris en charge, soit environ 23,6 % des accueils. Leur prise en charge est particulièrement exigeante : chaque réception mobilise en moyenne plus d’une heure de soins, incluant l’examen clinique, le déparasitage, les soins des plaies et l’installation adaptée. À l’échelle de l’année, cela représente déjà plus de 5 000 heures de travail consacrées uniquement aux premières prises en charge des hérissons, sans compter le suivi quotidien, l’alimentation, les traitements et les périodes de convalescence parfois longues. Ces soins sont coûteux et mobilisent fortement les équipes sur la durée.
Le Pigeon Ramier est arrivé en nombre dans les centres. Cette progression est multifactorielle. Une part de l’augmentation des pigeons ramiers reçus pourrait s’expliquer par la croissance générale des populations de l’espèce en Europe, combinée à son adaptation aux milieux urbanisés et à une proximité accrue avec les zones habitées.
Une explosion des jeunes mammifères
Le printemps 2025, particulièrement sec et ensoleillé, a clairement stimulé la reproduction chez de nombreuses espèces. Plusieurs centres ont constaté une hausse marquée des admissions de jeunes animaux, notamment 257 Ecureuils, 158 Lièvres, 100 Renards et 118 Chevreuils. Ces chiffres, en nette augmentation par rapport à 2024, témoignent de conditions climatiques favorables aux naissances. Mais cette dynamique soulève aussi la question des prises en charge non indispensables : de nombreux jeunes, ramassés à tort, auraient pu rester dans leur milieu naturel. D’où la nécessité de renforcer la sensibilisation du public pour éviter les gestes inadaptés, souvent bien intentionnés mais préjudiciables.
“Concernant les rapaces, par contre, l’année 2025 a enregistré nettement moins d’entrées en CREAVES qu’en 2024. Sur le terrain, le printemps particulièrement sec semble avoir influencé la reproduction. Si le nombre de nids est resté globalement comparable, la taille des nichées observées a été plus réduite. Cette situation traduit une adaptation des rapaces à une disponibilité alimentaire plus limitée. Ce phénomène est notamment perceptible chez des espèces comme la Chouette effraie ou le Hibou grand-duc, dont le succès reproducteur apparaît en recul par rapport à l’année précédente.” Gerhard Reuter, bénévole du CREAVES de Mürringen.
Une belle année pour certaines espèces rares
À l’inverse, d’autres espèces ont connu une dynamique positive en 2025. Malgré quelques cas de prédation localisés, la Cigogne noire, espèce protégée et particulièrement discrète, a connu une excellente saison de reproduction. Un printemps stable, une bonne disponibilité en eau, des ressources alimentaires abondantes et une faible perturbation humaine expliquent cette réussite. Par ailleurs, face à la pression croissante exercée par des espèces exotiques envahissantes comme le raton laveur, des actions ciblées ont été menées autour des nids afin de limiter la prédation sur les œufs et les jeunes. La combinaison de ces facteurs écologiques favorables et des efforts de gestion et de protection contribue directement au succès reproducteur observé chez cette espèce emblématique.
Les mustélidés et les gliridés ont également marqué l’année 2025. Plusieurs blaireaux ont été pris en charge, ainsi qu’un putois d’Europe et plusieurs hermines, espèces aussi discrètes que précieuses. Côté gliridés, la prise en charge d’un loir gris à Herbeumont, de muscardins et d’un nombre notable de lérots souligne la présence persistante de milieux forestiers riches, structurés et relativement épargnés par la fragmentation, qu’il convient de préserver avec la plus grande vigilance.
La fréquence inhabituelle des accueils de Lérots mérite une attention particulière. Ce petit rongeur forestier, rarement observé, est classé quasi‑menacé sur la liste rouge mondiale de l’UICN. Ce statut traduit un déclin préoccupant de l’espèce à l’échelle européenne, notamment en raison de la dégradation des habitats, de l’usage intensif de pesticides et de l’artificialisation des paysages. Si la Wallonie semble encore abriter des populations localement viables, cette tendance à la hausse dans les admissions pourrait révéler une pression croissante sur leurs milieux de vie. Ces observations confirment l’intérêt scientifique des données recueillies par les CREAVES, notamment pour le suivi des espèces plus discrètes.
Quelques belles histoires
Derrière les statistiques, ce sont aussi des histoires individuelles qui marquent les esprits. Parmi les histoires marquantes de 2025, celle de la buse arrivée au CREAVES de l’Hermitage à Thimister, en dit long sur l’engagement des citoyens. Une jeune femme n’a pas hésité à parcourir plus de 42 kilomètres à vélo, avec le rapace dans un carton, pour lui offrir une chance de se rétablir. Un geste de dévouement rare, à la hauteur de la noblesse de l’oiseau qu’elle transportait.
Autre moment fort de l’année, cette portée que certains appellent désormais la portée “Fédération”. Une femelle hérisson, en soins au CREAVES d’Andenne, a donné naissance sur place à un petit. Dans le même temps, deux autres juvéniles étaient accueillis à Birds Bay et deux autres encore à Ransart. Tous ont été confiés à cette mère, qui les a allaités sans distinction. Cette réussite collective incarne à merveille les valeurs portées par la Fédération : la coopération entre centres, la solidarité entre vivants, et la confiance profonde dans le fait que la nature surpasse toujours l’intervention humaine.
Un réseau vital, mais fragilisé
Les CREAVES sont bien plus que de simples refuges. Ils constituent un maillage essentiel sur le territoire, alliant expertise en soins, collaboration avec le monde vétérinaire et scientifique, accompagnement des citoyens et engagement quotidien pour la sauvegarde de la faune sauvage. Chaque animal accueilli, chaque relâcher réussi, chaque cas documenté alimente une connaissance précieuse sur l’état de nos écosystèmes et les menaces qui pèsent sur la biodiversité locale.
À l’aube de la haute saison ( les levreaux sont déjà là!), le réseau entre à nouveau dans une zone de pression. Face à l’augmentation constante des prises en charge, les CREAVES sont mis à rude épreuve : équipes épuisées, matériel insuffisant, bâtiments saturés, coûts de transport et de nourriture en hausse… L’équilibre est fragile, et l’épuisement guette. Si nous voulons que ces centres continuent à remplir leurs missions avec rigueur, éthique et bienveillance, ils ont besoin d’un soutien concret et durable.
Faire un don, devenir bénévole, relayer leurs messages, c’est bien plus qu’un geste symbolique : c’est une manière directe et efficace de protéger la faune sauvage de nos régions. Vous souhaitez agir ? Recherchez le CREAVES le plus proche de chez vous ou soutenez l’ensemble du réseau via le site de la Fédération :
Chaque geste compte. Chaque appui renforce la chaîne de solidarité envers la faune sauvage!

